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Une autre croissance est-elle possible ?

La crise que nous traversons percute nos modes de vie, nos systèmes de protection, nos outils et nos droits fondamentaux. Elle nous oblige à élever notre niveau de réflexion. Nous ne pouvons considérer qu’ensemble les défis médicaux, écologiques, sociaux, économiques, éthiques posés par la pandémie de COVID-19. La cause profonde se situe dans l’exploitation sans limite des ressources de la planète. Les protections naturelles sont amoindries par la déforestation, la désertification, les délocalisations de production. Le capitalisme va être interrogé, mis en examen. Nous devons ouvrir les perspectives de son dépassement.


La question écologique est aujourd’hui posée de façon plus urgente que jamais. Qui pourrait déconnecter les catastrophes naturelles, les pandémies, le réchauffement climatique du mode de production capitaliste, qui pourrait les déconnecter de la course au profit.

Dans ce contexte une petite musique avance à bas-bruit : « la décroissance ».



Le faux dilemme « croissance vs décroissance »


Structurer le débat en demandant de choisir son camp dans une opposition croissance-décroissance conduit à une impasse et nous fait passer à côté de l’essentiel. Faut-il plus ou faut-il moins ? En raisonnant ainsi, nous passons à côté de la question la plus importante qui est celle des contenus. Plus de quoi ou moins de quoi ? « À l’échelle de la planète, nombre des exigences les plus basiques du développement humain sont loin d’être satisfaites. À titre d’exemple, les prévisions relatives à l’évolution démographique d’ici à 2050 et l’impérieuse nécessité de vaincre la faim et la pauvreté impliquent une forte croissance de la production alimentaire mondiale (+ 60 %, dit la FAO), ainsi que de la production énergétique. Il en va de même en matière de santé, mais aussi d’éducation, de logements ou encore d’infrastructures. À l’inverse, il est indispensable qu’à cet horizon, bien des activités parasitaires aient connu une décroissance substantielle. C’est le cas des transports de marchandises sur des milliers de kilomètres engendrés par les logiques de délocalisation des productions et de dumping social, fiscal et environnemental. Ou celui des dépenses d’armement qu’impliquent les politiques de confrontation pour la captation impérialiste des richesses ou les stratégies de domination.


Il faut produire différemment


Il est nécessaire de produire plus d’énergie au niveau mondial afin de permettre l’accès à ce produit vital dont tant de citoyens sur la planète sont privés, mais en intégrant la contrainte de la préservation du climat. D’où la dialectique de la croissance de la production et de la décroissance des émissions de gaz à effet de serre… De même, la focalisation sur le débat entre l’offre et la demande occulte la nécessité de produire différemment et de se poser la question de l’utilité sociale de la production en partant des besoins.

Emplois, salaires, équipements collectifs, services publics mais également logement, santé, éducation, protection sociale : qui pourrait prétendre que des progrès ne sont pas indispensables en ces domaines ? D’autant que la population de la France devrait augmenter de 20 % d’ici à 2040. C’est pourquoi les scénarios de décroissance globale sont déconnectés de la réalité des besoins et, pour tout dire, dangereux quant aux décisions qu’ils peuvent entraîner concernant la préparation de l’avenir et la nécessité de veiller à l’existence d’un potentiel productif à la hauteur des besoins prévisibles.

Il est au cœur du développement, englobé dans un concept compatible avec notre écosystème sans épuiser les ressources et générer des pollutions destructrices.



Questionner notre mode de développement, c’est partir des besoins (qui ouvrent un débat à part entière), de l’appareil productif nécessaire pour les satisfaire, de la nature de la production dans un cadre durable, économe des ressources. C’est engager l’économie circulaire, l’écoconception ; mettre en place la formation initiale et continue des salariés ; viser l’élévation du niveau des connaissances ; impulser la recherche ; débattre de son rôle, de la maîtrise citoyenne de ses applications, de la place de la science dans la société, de la conception du progrès technique afin qu’il renoue le lien avec le progrès social. Le capitalisme se caractérise par une accélération de la conception et de la vente de produits nouveaux à la dégradation et l’obsolescence programmées.


Une autre croissance est-elle possible ?


Les technologies avancent vite dans le sens d’un nouveau paradigme productif. Elles rendent possible un nouveau mode de croissance. Une économie plus circulaire est en train de naître. Elle n’a pas de valeur en soi car le « capitalisme vert » resterait le capitalisme. Elle doit être partie intégrante d’une évolution politique vers la dé-financiarisation de l’économie, sa relocalisation et la démocratisation des gestions. Développement humain et écologie relèvent en réalité du même combat.


D.M.

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