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"Sauver les communes", un enjeu des élections municipales 2020 ?

« Sauver les communes », voilà peut-être l'enjeu fondamental des élections municipales 2020. Un enjeu bien caché par la stratégie à géométrie très variable de La République En Marche, entre listes pseudo-citoyennes au logo invisible et soutien de maires ou candidats de droite et du centre. Pourtant, au-delà de l'objectif de gagner des villes et des élu.e.s, c'est un bouleversement plus profond qui est aujourd'hui à l’œuvre.


La recentralisation en marche

Depuis une dizaine d'années, après près de trente ans de décentralisation impulsée par la gauche mittérandienne, on assiste à un retournement jacobin.

D'un côté la suppression progressive des ressources propres des communes : taxe professionnelle en 2010, taxe d'habitation en 2018, contractualisation imposée par l'Etat avec contraintes budgétaires. Les communes perdent peu à peu leur autonomie financière et dépendent de plus en plus des dotations de compensation de l'Etat qui a la main pour imposer ces choix.

De l'autre côté, les lois MAPTAM et NOTRe1, et leur déclinaison, produisent un dessaisissement du pouvoir d'agir des communes. Sous couvert de lutter contre le mille-feuille, elles ont imposé des regroupements forcés, loin de la coopération intercommunale utile dans certains domaines. Transferts de compétences, de moyens, de ressources humaines, pour piloter et surtout décider des politiques à mener, tout cela vient proprement limiter l'intervention à l'échelle locale.


LREM ou faire des communes le « dernier kilomètre » de la politique gouvernementale



Dans le droit fil de ces politiques, le parti du Président a bien compris que pour imposer ces idées, il fallait les ancrer localement.

D'ailleurs, c'est écrit noir sur blanc dans l'édito du Guide de La République en marche pour les municipales de 2020 signé Stanislas Guérini, le délégué général d'En Marche : « Le rôle du maire est essentiel dans la transformation de notre pays, car le « dernier kilomètre » des réformes se joue bien souvent au niveau local ».

Pas de doute possible, pour LREM, ces municipales de 2020 représentent « une occasion unique pour (...) porter des projets ambitieux qui prolongent l’action du Gouvernement ». La conclusion est tout aussi claire : « Les élections ne sont pas un objectif en soi. C’est un point de départ pour agir et pour que nos idées gouvernent ».

L'objectif des libéraux se révèle peu à peu, il faut en finir avec la libre administration constitutionnelle des communes.

La commune, ce lieu de contre-pouvoir et d'expérimentation


C'est donc un pas de plus dans le sillon du libéralisme qui cherche à graver dans le marbre le TINA de Mme Tatcher (There is no alternative). Et pour cela, il faut tuer les communes.

Entendons nous, il ne s'agit pas de les faire disparaître : les gouvernants ont compris depuis longtemps, encore récemment dans les débats sur les lois Notre et Maptam, l'importance incontournable de l'échelon local, des services publics de proximité, de la légitimité des maires et élu.e.s. Plus subtilement, plus simplement encore, ils cherchent à neutraliser les communes, à les dévitaliser.

Parce que les communes sont des espaces fertiles pour les expérimentations politiques alternatives, qui dépassent les cadres, les normes imposées, à l'image des Systèmes d'échanges locaux (SEL) ou des espaces de gratuité hors-marchand,

Parce que les communes sont des lieux de vie sociale parfaitement adaptés pour la vigueur des pratiques démocratiques de partage des savoirs et des pouvoirs, qui favorisent la conscience et la définition collective d'un bien commun à co-inventer,



Parce que les communes sont des territoires historico-géographiques dont l'échelle permet, dans les contraintes, la mise en œuvre d'une transformation radicale des modes de production et consommation, à l'instar de la mise en récit de Loos-en-Gohele d'une ville noire à une ville verte et durable,

Parce qu'au fond les communes sont des espaces de communs, peuvent être ou devenir des ilots de communisme comme la Sécurité Sociale à l'échelle nationale,

Voilà quelques unes des raisons principales pour lesquelles le Président et son Gouvernement, avec les députés En Marche, s'attaquent aujourd'hui plus radicalement encore au pouvoir des communes.

Voilà ce qui donne à ces élections municipales, et notamment le 2nd tour qui se profile au mois de juin dans 5 à 6 000 communes, un intérêt majeur.

Reprendre le pouvoir, cela passera inévitablement par les communes !

1Il s'agit des lois n°2014-58 du 27 janvier 2014 de Modernisation de l'Action Publique Territoriale et d'Affirmation des Métropoles et no 2015-991 du 7 août 2015 portant Nouvelle Organisation Territoriale de la République.

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