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  • nobesc

L'après, c'est maintenant !

Mis à jour : 18 avr. 2020

Depuis que le Président Macron a déclaré à la télévision, devant des millions de Français, que « le jour d'après ne sera pas un retour au jour d'avant », tout le monde s'est rué sur cette petite phrase, comme dans une brèche. Et notamment les partis de gauche et les écologistes. Mais est-ce vraiment une brèche ?


De jour d'après, il n'y en aura pas. Pas plus qu'il n'y aura de brèche si on s'en tient là. Ça voudrait dire que cette crise épidémique et sanitaire est une parenthèse, qu'elle est hors du temps, hors du politique. Elle est tout sauf ça !



Elle est proprement politique. Elle est l'expression d'un rapport au monde mondialisé, des constructions politiques de nos sociétés, de leur organisation. Elle révèle les choix idéologiques opérés depuis des décennies, amplifiés largement par Macron et son gouvernement, où l'économique précède le politique, où le marché dans une structuration proprement libérale domine et prévaut sur les besoins humains, où le capitalisme organise la spoliation des richesses produites. Et c'est ce à quoi nous devrions nous adapter, absolument, comme à une réalité naturelle donnée.


Cette crise est dans ce monde là, elle est ce monde là. Elle en l'un des plus éminent symptôme. C'est ce présent qu'il convient de changer. La rhétorique du « jour d'après » fait mine d'offrir une brèche, mais la referme aussitôt en renvoyant le problème, et donc sa compréhension, à une donnée temporelle. C'est un leurre, un biais d'autant plus problématique qu'il s'accompagne d'un discours d'unité nationale, qui cherche à museler le débat, à étouffer la pensée critique. Ce n'est ni plus ni moins qu'une nouvelle expression, adaptée aux circonstances, du TINA de Margaret Tatcher : "there is no alternative". L'après est dans le présent, l'ici et maintenant qu'il faut remodeler, transformer, révolutionner.



Des brèches il y en a toujours eu, il y en a aujourd'hui même. Il nous faut les déceler, les découvrir et les faire découvrir, les élargir et les creuser. Il nous faut montrer ce qui frémit derrière elles, qu'on entraperçoit, seulement si l'on regarde bien, comme il faut. Il y a des zones du dehors où s'expriment d'autres rapports entre les gens, avec le monde, où s'exercent d'autres choix, d'autres priorités, où s'accomplissent d'autres valeurs mettant l'humain et la planète d'abord. Nul besoin d'attendre un hypothétique demain différent, il faut agir. Et pour cela se réapproprier tous les mots, tous les concepts volés, disparus, dénaturés, qui nous permettent de penser autrement.



Ceux qui nous gouvernent veulent croire (ou faire croire) à une parenthèse pour ne rien lâcher de leur pouvoir installé sur nous, contre nous. Ne les laissons pas refermer le couvercle sur les luttes et les expressions de remise en cause observées des gilets jaunes aux retraites. Si nous en avons la volonté, traçons des chemins de révolution politique dès à présent.


Y.G.

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