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Élections municipales à Ivry-sur-Seine : de quoi le premier tour est-il le nom ?


Dans un contexte de développement du COVID-19, le gouvernement, sans réellement savoir vers quoi il allait, a décidé le jeudi 12 mars de maintenir le 1er tour des élections municipales, qui se déroulait 3 jours plus tard dans un climat plus que particulier. Entre le recul de la chose politique que nous observons tous depuis plusieurs décennies, et l’angoisse que pouvait créer les discours sur une possible pandémie, la mise en place de matériels médical dans les bureaux et l’appel à respecter des consignes restrictives sur les déplacements, le résultat attendu a été la hausse de l’abstention sur l’ensemble du territoire national. A Ivry, c’est une hausse de près de 10% par rapport à 2014.

Face au pouvoir autoritaire, la gauche en progression

Comment analyser dès lors ces résultats électoraux ?

De manière générale, on observe des résultats importants à gauche. La gauche traditionnelle, les écologistes, partout où ils se présentaient, dans des configurations diverses, alliés ou non, font des scores importants. La mobilisation contre la réforme des retraites, le mouvement des gilets jaunes, la colère qui grandit contre le pouvoir en place, s’ils ne trouvent pas de débouchés politiques automatiques, ont pu participer de ce mouvement électoral pour un bout porté sur les listes de gauche et écologistes.

Au contraire de la droite qui pouvait espérer profiter de la fronde contre le Président de la République. Le parti gouvernemental, lui, partait avec des stratégies diverses, soutenant des listes citoyennes, présentant des candidats inconnus ou des barons locaux cherchant une nouvelle virginité. Il est peu dire que la République en Marche n’a pas réussi son pari de se construire une base locale au travers d’élus locaux.

A Ivry, situation inédite et division

A Ivry, la gauche, toute tendance confondue, totalise plus de 73% des voix. Si le passé industriel et ouvrier de la ville a toujours expliqué cette base électorale clairement à gauche, ce premier tour des élections municipales avait un goût de première fois.

Pour la première fois, la gauche partait complètement divisée, et quatre listes étaient présentes. Le Parti Communiste, avec à sa tête le maire sortant, allié à Génération.S, Ensemble ! et Convergence Citoyenne Ivryenne, s’opposait d’une part à une liste rassemblant Europe Ecologie les Verts, la France Insoumise et le Parti Socialiste, d’autre part à Lutte Ouvrière, et enfin au NPA.



Pourquoi une telle division, ELLV et la FI étant membres de la majorité sortante ? Eclipsant la question du bilan, jouant la carte de la non-compromission et de la « clarté » politique, la liste emmenée par la candidate EELV, avec la FI et le PS, a appuyé sur les deux principaux points de divergence : la question écologique, d'une part, et de l'autre la critique démocratique (opacité, petits arrangements entre amis etc).

Entre ouverture et compromission, les espaces politiques en mouvement

Ensuite, les dynamiques des deux listes « principales » à gauche sont intéressantes à étudier.

Le Parti Communiste, perdant son rôle de « rassembleur » politique, a très vite opéré un changement stratégique qui s’est avéré payant. Plutôt que de rassembler la gauche « traditionnelle » au travers des partis politiques, il a cherché à ouvrir au maximum sa liste pour créer un nouvel espace politique. Ainsi, un tiers de la liste était constitué de citoyens « hors partis », un tiers au Parti Communiste intégrant également des citoyens non encartés, et un tiers pour les autres forces politiques.

La liste menée par Europe Ecologie a concentré ses forces sur le constat d’affaiblissement du Parti communiste au niveau national, les scores important des forces écologistes aux dernières élections européennes, et a surfé sur le sentiment d'usure du pouvoir communiste local. Le tournant a été le ralliement du Parti socialiste. Si l’addition des résultats électoraux était un argument poussant à penser que la nouvelle force politique pouvait être majoritaire, la non prise en compte du dégoût et de la fronde contre le PS fut leur erreur. D’une campagne pour des politiques publiques d’avantage transparentes et tournées vers le développement durable, la dynamique s'est transformée en rassemblement contre le pouvoir en place.


Les résultats du premier tour en atteste, le rassemblement contre n'a pas payé. Là où EELV-FI-PS misait sur une addition de leurs scores électoraux devant les porter à plus de 40%, ils n’en réalisent que 22%. La liste du PCF, donnée comme dépassée et en fin de vie, réalise 48%, à 153 voix de passer au premier tour.

La raison et l’émotion, quand la politique reprend ses droits

Dans une période de politique nationale austéritaire, de casse du service public et de renforcement de l’individualisme, l’électorat ivryen est toujours attaché à des politiques publiques de proximité, de défense du service public. Le rejet du pouvoir en place, s'il peut être moteur dans des milieux militants, ne fait pas partie des arguments de vote de la majorité de la population. A ce titre, il convient également de noter que les réseaux sociaux peuvent jouer un rôle de miroir déformant de l’électorat. Ce qui pouvait laisser penser que « les ivryens » en avait ras le bol de la gestion communiste, s'est avéré erroné.

Si la question du maintien de ce premier tour est à poser à juste titre - hausse de l’abstention, climat anxiogène donc anti-democratique - il faut désormais étudier les comportements des uns et des autres en vue du second tour prévu en juin prochain. L’objectif est de maintenir une ville à gauche, et de battre la droite au 2nd tour. Quel intérêt il y aurait-il à se maintenir pour la liste EELV-FI-PS ? Créer une force politique pour l’avenir ? Sur quelle base politique ?

En attendant, pour reprendre les termes d’Alain Badiou, cette élection a été une leçon en matière d’approche politique. D’un côté, l’émotion, la course des égos et un discours de rejet - du pouvoir en place - de l’autre la raison, celle de projets politiques et de démarches de fond, expliqués et argumentés. Si nous avons vu des élections, Macron en est le nom, guidées par l’émotion et les sentiments, le premier tour des élections municipales à Ivry a trouvé un autre débouché.

A eux de ne pas perdre le sens de cette démarche et son contenu. Difficile d’y voir clair dans la période, où les habitudes de campagne et de construction politique vont obligatoirement être bousculées.

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